Le 17 septembre 2025, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé un pacte de défense mutuelle qualifié d’accord stratégique de défense mutuelle. Cet accord stipule que toute agression contre l’un des deux États sera considérée comme une attaque contre les deux. Il renforce la coopération en matière de défense, prévoit un développement conjoint de certaines capacités militaires et vise à instaurer une dissuasion face à d’éventuelles menaces. Cette signature intervient dans un climat régional particulièrement tendu. L’attaque israélienne récente sur Doha, qui a provoqué plusieurs victimes et révélé la vulnérabilité des pays du Golfe, a déclenché une prise de conscience sur la fragilité des dispositifs de protection traditionnels. Parallèlement, la perception d’un affaiblissement ou d’une incertitude dans les garanties de sécurité offertes par les États-Unis a alimenté le besoin de diversifier les alliances.
Dans ce contexte, la dimension nucléaire du Pakistan attire une attention particulière. Des responsables pakistanais ont laissé entendre que, sous certaines conditions, le programme nucléaire de leur pays pourrait être mis à la disposition de l’Arabie saoudite en cas de besoin, laissant planer l’idée d’un « parapluie nucléaire » implicite. Bien que l’accord ne mentionne pas explicitement l’arme nucléaire, cette ambiguïté joue un rôle dissuasif important. Pour Riyad, la perspective d’un soutien nucléaire pakistanais offre une assurance supplémentaire face aux menaces régionales, sans pour autant rompre officiellement ses engagements internationaux.
Cette démarche ne signifie pas que l’Arabie saoudite renonce à son partenariat avec Washington. Elle reflète plutôt une stratégie de diversification. Riyad reste lié aux États-Unis par des accords militaires et des échanges économiques, mais il souhaite désormais réduire sa dépendance vis-à-vis d’une seule puissance protectrice. Les dernières années ont montré que l’alliance américaine ne garantit pas toujours une réaction rapide ou ferme face à des attaques, en particulier lorsque les intérêts stratégiques de Washington sont ailleurs. En se rapprochant du Pakistan, l’Arabie saoudite envoie donc un message clair : elle entend se prémunir contre l’incertitude en multipliant ses options de sécurité.
La capacité réelle de l’Arabie saoudite à défendre le Pakistan en cas d’agression reste toutefois limitée. Les deux pays sont éloignés géographiquement et les moyens logistiques nécessaires à une assistance militaire directe sont considérables. De plus, les forces saoudiennes, bien que modernisées, ne disposent pas de l’expérience opérationnelle du Pakistan. L’intérêt principal de l’accord réside donc dans sa valeur politique et symbolique. Il crée un cadre qui rend toute attaque plus coûteuse sur le plan diplomatique et renforce la perception d’un front commun, même si une aide militaire effective resterait compliquée à mettre en œuvre.
Le signal adressé à la région est multiple. Aux États-Unis, il indique que Riyad ne se contente plus des garanties américaines et cherche à bâtir une architecture de sécurité plus autonome. À Israël, il suggère que toute action hostile contre l’Arabie saoudite ou ses alliés pourrait déclencher une réponse plus large, augmentant ainsi le coût potentiel d’une frappe. Aux autres monarchies du Golfe et au monde musulman, il montre que Riyad s’affirme comme un pôle de sécurité capable de tisser des alliances inédites. Pour le Pakistan, cet accord offre un renforcement de son statut stratégique : il devient un partenaire incontournable non seulement en Asie du Sud mais aussi au Moyen-Orient.
Le Pakistan profite de ce rapprochement pour consolider son image de puissance nucléaire islamique crédible. Bien que confronté à d’importants défis économiques et politiques, il trouve dans cette alliance une reconnaissance qui dépasse le cadre de sa rivalité avec l’Inde. Certains observateurs évoquent une « victoire » récente du Pakistan sur son voisin indien, une série d’événements qui, sans bouleverser totalement l’équilibre régional, a contribué à rehausser son prestige. Ce contexte renforce l’impression que le Pakistan peut désormais peser sur les équilibres du Golfe, offrant une alternative aux alliances traditionnelles centrées sur Washington.
L’accord reste néanmoins avant tout un outil de dissuasion. Il ne garantit pas un parapluie nucléaire formel, ni une protection automatique comparable à celle d’une alliance militaire intégrée. Sa valeur est d’abord politique : il signale aux acteurs régionaux que l’Arabie saoudite et le Pakistan sont prêts à coordonner leurs réponses en cas de menace majeure, et qu’ils entendent peser sur les calculs stratégiques de leurs adversaires potentiels. Pour Riyad, c’est une manière de se doter d’une assurance supplémentaire dans un environnement incertain. Pour Islamabad, c’est un moyen de se projeter au-delà de l’Asie du Sud et de s’affirmer comme acteur incontournable dans le monde musulman.
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