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Une offensive aux résonances historiques : Gaza City et la question du « grand Israël »

par Abdoul KH.D. Dieng - 17 Sep 2025 -
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L’offensive israélienne sur Gaza City, amorcée dans un contexte de bombardements et d’opérations au sol intensifiées, suscite depuis plusieurs jours une forte inquiétude internationale, non seulement pour son ampleur militaire, mais aussi pour les pertes massives en vies civiles, la destruction des infrastructures essentielles, les déplacements forcés de population, la rareté des ressources humanitaires, et les témoignages d’atrocités. Les autorités israéliennes justifient cette offensive comme une réponse à la menace de Hamas et à des attaques terroristes antérieures, arguant du droit à la défense. Pourtant, plusieurs organes de l’ONU, d’organisations non gouvernementales, et certains États dénoncent des actes dépassant le strict cadre de la guerre légitime — usage excessif de la force, dommages disproportionnés, refus ou entrave à l’aide humanitaire — et pour certains, intent-genocide, ce terme déclencheur d’un débat juridique, moral et diplomatique intense.


Une commission indépendante des Nations Unies, dirigée notamment par Navi Pillay, a conclu que les autorités israéliennes — y compris le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président Isaac Herzog, et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant — sont responsables selon les critères du droit international d’éléments suffisants pour supposer une intention génocidaire, c’est-à-dire la volonté de « détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». 

Ce rapport met en lumière les déclarations publiques de responsables, les choix stratégiques de l’armée israélienne, les ordres donnés, ainsi que les effets sur les populations — mort, blessure, déplacements, famine – qui s’inscriraient dans un schéma de destruction systématique. Israël a rejeté fermement ces accusations, les qualifiant de biaisées, de propagande ou de calomnie


L’Espagne s’est montrée parmi les États les plus critiques face à cette offensive. Le Premier ministre Pedro Sánchez a, pour la première fois, utilisé le terme “génocide” pour qualifier les actions israéliennes à Gaza, affirmant que l’attaque dépasse la légitime défense et que les hôpitaux bombardés ou les enfants affamés ne peuvent pas être justifiés comme conséquences collatérales. 

 Il a également annoncé un embargo total sur les ventes d’armes à Israël, l’interdiction d’accès à certains ports ou espaces aériens, des mesures contre les importations des colonies, et des restrictions d’entrée pour les responsables présumés impliqués dans ces actes. Une phrase a retenu l’attention : “L’Espagne n’a pas de bombes nucléaires, pas de porte-avions… seul, on ne peut pas arrêter cette offensive.” Cette formule, symbolique, reflète la frustration des gouvernements qui dénoncent l’impuissance face à un État militarisé, allié à des puissances, disposant de capacités logistiques et politiques supérieures.


L’idée selon laquelle cette offensive serait liée à une politique dite du “Grand Israël” — jouant sur les revendications religieuses, historiques, idéologiques, territoriales — trouve des partisans mais demeure controversée. Ceux qui défendent cette théorie considèrent que les actions militaires ne sont pas uniquement réactives : elles serviraient à redessiner les faits sur le terrain, affirmer un contrôle stratégique sur Gaza, étendre voire consolider des implantations, affaiblir toute opposition palestinienne politique ou militaire, restreindre les possibilités de solution à deux États, et éventuellement créer un effet dissuasif pour d’autres États ou groupes dans la région. D’autres analystes estiment qu’il y a des acteurs internes en Israël qui adhèrent à des visions expansionnistes, mais que la direction politique reste tiraillée entre besoins sécuritaires immédiats, pressions internationales, calculs électoraux et contraintes diplomatiques. On ne peut pas affirmer aujourd’hui que l’objectif officiel est de conquête territoriale formelle au-delà de Gaza, mais il y a un risque réel que des actions menées dans Gaza (démolitions, déplacement de population, création de zones tampon, etc.) servent de précédent pour des politiques plus larges.


Pour la population palestinienne, les conséquences sont déjà catastrophiques : des milliers de morts, très nombreuses victimes civiles, famines, maladies liées au manque d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins, destruction d’écoles, hôpitaux, infrastructures de base. Les déplacements internes massifs, l’effondrement des conditions de vie, la perte de repères, le stress, le trauma, la désorganisation sociale. À plus long terme, génération de ressentiment, radicalisation, perte de confiance dans les institutions internationales, désespoir. Pour la population israélienne, même si les morts sont beaucoup moindres, les dégâts psychologiques, la polarisation politique accrue, les divisions internes, l’effet de représailles, les tensions sécuritaires internes, et la possibilité de répercussions diplomatiques, économiques, artistiques, sportives, etc., sont évidents.


L’avenir dépend largement de la réaction du système international. Si les États et organisations internationales imposent des sanctions suffisamment fortes, bloquent le commerce des armes, isolent diplomatiquement Israël, la pression pourrait forcer un changement stratégique ou une négociation. Si au contraire la plupart restent dans la retenue, invoquent la complexité, la menace terroriste, ou la liberté de défense, alors l’offensive pourrait s’inscrire dans la durée, et ouvrir la porte à une redéfinition plus dure des frontières de fait, des zones de contrôle, des populations déplacées. Le conflit pourrait s’étendre, attirer d’autres acteurs, exacerber les crises régionales, provoquer des crises migratoires, un basculement dans les opinions publiques dans le monde, et éventuellement une reconfiguration diplomatique des alliances.


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