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Victimes invisibles : le Soudan face à la famine et au silence de la communauté internationale

par Abdoul KH.D. Dieng - 29 Aug 2025 -
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Le Soudan est aujourd’hui au cœur de l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Depuis les affrontements éclatés en avril 2023 entre l'armée régulière sudanaise et la puissante force paramilitaire RSF, le pays a sombré dans une guerre fratricide et destructrice. Ces combats ont semé la mort et la désolation à grande échelle. Des dizaines de milliers de personnes ont péri, des millions ont été déplacées et des milliers d’autres sont aujourd’hui en danger d’extermination ou de famine.


Le tableau humanitaire est catastrophique. Des villes comme El-Fasher, en Darfour, sont devenues des épicentres de souffrance infantile, où des milliers d’enfants souffrent de malnutrition aiguë dans des zones assiégées, coupées de toute aide. Les rapports des organisations internationales montrent que la faim atteint des niveaux dramatiques : près de la moitié de la population est en situation d’insécurité alimentaire, et une partie d’entre elle est déjà entrée dans une famine ouverte. L’ensemble du système agricole s’est effondré, la production chute et les habitants voient les marchés vides, les prix multipliés par dix, et la survie dépend d’un accès de plus en plus improbable à l’aide.


Pourtant, cette souffrance gigantesque demeure largement ignorée. Le conflit soudanais est souvent qualifié de « guerre oubliée » sur la scène internationale, alors même qu’il cristallise crise de déplacement, famine imminente, violence ethnique et risque de génocide. La réponse humanitaire est sévèrement sous-financée. Le ralentissement des dons, notamment des grandes puissances, a aggravé la situation. Ce désengagement s’explique en partie par une priorisation des intérêts domestiques et stratégiques au détriment des crises lointaines.


Le contraste avec la crise ukrainienne ou celle de la Palestine est frappant. Ces dernières attirent une couverture médiatique et une mobilisation diplomatique bien supérieures. Certains observateurs soulignent que le Soudan ne suscite pas les mêmes intérêts géostratégiques, notamment en matière de ressources énergétiques ou de position stratégique dans les rapports de force mondiaux. L’Ukraine, en confrontation avec la Russie, est au centre de la compétition entre grandes puissances. La Palestine, quant à elle, demeure un point sensible des relations internationales et des équilibres régionaux. Le Soudan, lui, reste périphérique pour beaucoup d’acteurs occidentaux.


Quant à l’administration Trump, si elle s’est parfois présentée comme médiatrice dans certains conflits et qu’elle a affiché des ambitions de réconciliation dans le monde arabe, elle s’est montrée beaucoup moins présente face à la tragédie soudanaise. Les financements humanitaires ont même été réduits ou suspendus. L’absence d’intérêt géopolitique — absence d’importants hydrocarbures, d’enjeux énergétiques ou de routes stratégiques cruciales — explique probablement ce désengagement relatif. Le Soudan n’offre pas la même valeur stratégique pour Washington qu’un pays charnière d’Europe de l’Est ou du Moyen-Orient.


Par ailleurs, les pays du Golfe sont régulièrement évoqués comme fournisseurs d’armes, notamment à la force paramilitaire RSF. Les Émirats arabes unis sont accusés d’avoir fourni des drones, des blindés et d’autres matériels sophistiqués, aggravant la violence et renforçant la guerre. Cette implication poursuit des objectifs stratégiques précis : contrôle des ressources minières, notamment l’or, influence au Sahel et dans la Corne de l’Afrique, rivalité avec des puissances régionales comme l’Iran ou la Turquie. Le commerce d’armes devient un instrument d’influence autant qu’un moteur économique dans cette région en proie au chaos.


En définitive, la guerre au Soudan est un drame humain colossal, ignoré par un nombre trop grand d’acteurs internationaux. L’absence d’intérêts stratégiques saillants et le désengagement partiel des grandes puissances ont limité la mobilisation. Pendant ce temps, certains pays profitent du chaos pour asseoir leur influence militaire et économique, notamment via le commerce d’armes et l’exploitation des ressources. Cette combinaison toxique renforce l’urgence d’une réponse internationale de solidarité, d’ouverture humanitaire et d’une pression diplomatique réelle pour imposer un cessez-le-feu durable. Sinon, des millions d’êtres humains continueront de souffrir dans l’indifférence générale, comme une guerre oubliée parmi d’autres.

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